Je ne présente plus Jodelle.
Vous pouvez bien sûr la retrouver sur ILV.
Mais visitez donc
son site. Le voyage en vaut la peine
La complainte assassineIl a fallu qu’un fou propose ce défi…
« Quelles sont vos limites ? » Ils n’y connaissent rien !
Il faut créer le mal pour qu’il naisse en écrit
Et trancher dans le vif… cela me connaît bien.
Six ans que je bridais, à coup d’anxiolytiques,
Cette envie de massacre et de domination…
Mais pour mieux la décrire, il faut que ma pulsion
Remonte à la surface, en belle mécanique…
J’ai aiguisé mon kriss au souffle du hautbois,
Puis longuement soigné le fil de mon rasoir ;
Je ne peux oublier ce puissant défouloir :
Ce soir, ça va saigner, je sers un buffet froid.
De par Dieu, j’ai reçu une mission secrète,
La feuille de boucher, en mes mains, est fin prête.
D’abord ce vieux cochon qui guette les fillettes :
Je lui fends le museau, le sang fait vinaigrette…
Je me rue dans le tram pour chasser le quidam
Je suis tueur en bleu, ouvrier de carnage,
Je serre au cou l’intrus, lacère son visage
M’enivre de ses cris car c’est cela ma came…
Ah ! Le ravissement du couteau sur la peau,
Je frémis au frisson de l’entaille qui s’ouvre :
Par le flot qui jaillit tout un art se découvre
En un ruisseau rougi qui dessine un tableau…
Et ces bulles d’horreur qui gargouillent aux yeux,
Ces spasmes décalés dans la dernière horreur
Qui me font savourer leurs si froides sueurs ;
Ma boucherie recèle un fumet délicieux…
Ah ! Jeter sur la page une œuvre au sang bien neuf !
Exorbiter les yeux de donzelle aux jeux creux,
Tripoter le scalpel en toubib amoureux !
C’est net, chirurgical… Vous croyez que je bluffe ?
C’est bien ce que m’a dit l’inspecteur de police
Quand il m’a pris au fait, je dirai sur le vif,
À tailler en bavette les cuisses d’une veuve :
Il a trouvé saignant mon récit de couleuvre…
Au bas mot je vais prendre au moins vingt et deux ans
Ça me laisse du temps pour que l’inspiration
Accède à mes désirs : livrer mes sensations
Et travailler, enfin, à écrire un roman…