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Hier au soir, aux informations, une chirurgienne française dénonçait des amputations systématiques pratiquées sur les survivants d'Haiti par ses collègues américains.
Cela pourrait faire scandale, alors qu'aujourd'hui nous apprenons qu'en France, un homme vient de bénéficier de la deuxième greffe du visage de notre histoire, tandis que les greffes de mains se comptent aussi sur une main seulement.
Les progrès de la médecine sont-ils réservés aux pays riches, comme pourrait le faire croire la superposition de ces deux informations ?
Oui, et non.
Oui, parce qu'il est indéniable que les frais médicaux sont de plus en plus élevés et que nous risquons assister à une mondialisation des soins qui peut être préjudiciable aux peuples démunis.
Ainsi, le tourisme médical permet de se rendre en Afrique du Nord ou dans le Sud Est asiatique (qu'on soit français ou américain) pour s'offrir de la chirurgie esthétique à bas prix, avec, il faut bien le dire, pas plus de risques que pour les pays industrialisés. Disons que lorsque il y a complication médicale, c'est plus difficile et coûteux de retourner se faire soigner à l'étranger. Mais ces cliniques ne veulent pas voir leur réputation gâchée et font des efforts pour leurs clients malchanceux, tandis que dans les pays industrialisés, les médecins font jouer leurs assurances. Dans le domaine des greffes, les pays industrialisés risquent de monopoliser les ressources de donneurs aux dépens de la population locale. Néanmoins, il faut reconnaitre que ce tourisme permet de développer des moyens médicaux locaux et une réelle compétence grâce à l'argent des touristes. C'est donc aux pays hébergeurs de légiférer pour récupérer un pourcentage des soins prodigués au bénéfice de la population locale.
Et cela peut servir de transition vers le "non". Il vaut mieux une infrastructure médicale dédiée en grande partie aux touristes sur son sol que pas d'infrastructure du tout. Cela évitera de voir rappliquer en France, où nous manquons déjà de places (c'est un nouveau problème pour faire augmenter le prix de l'offre) de se faire encombrer par des "touristes" non payants et souvent moralement contestables comme les dictateurs africains et leur famille, entre autres.
Il est aussi amusant de constater qu'il existe un tourisme médical vers chez nous, avec des tentatives de fraude à la sécurité sociale, avec des "cousins du pays" qui se font passer pour les enfants d'immigrés. A ceux qui crieraient là aussi au scandale, je répondrais que c'est de bonne guerre. Est-il vraiment légitime que la force artificielle de l'euro sur le reste des monnaies dans le monde permette une suprématie grâce au déséquilibre monétaire ? Que vaut l'honnêteté quand il est parfois question de survie ? Et puis, n'oublions pas les italiens qui viennent se faire soigner sur la côte d'Azur.
La survie... revenons en au peuple haitien aujourd'hui amputé à la va-vite.
Oui, il faut dénoncer cette médecine de pauvres qui s'appuie cyniquement sur la réalité du terrain. Les appareillages extérieurs sont coûteux, il n'y en aurait pas assez, et pour les récupérer dans trois mois, dans six mois, il faudrait garder les blessés sur place. Avec l'amputation, on gardera le blessé bien moins longtemps.
Malgré cette dénonciation, la chirurgienne française va devoir se résoudre d'ici une semaine, un mois, à faire de même. Quand elle verra mourir les blessés pas soignés de septicémie parce qu'aucun médicament ne leur a été donné et qu'elle n'a pas été assez rapide pour soigner les premiers arrivés à sa tente.
Les chiffres font mal. 150 000 victimes. Et un chiffre bien plus élevé de blessés dont une partie encore va mourir malgré les dons qui affluent. L'ampleur du désastre ne doit pas laisser place au découragement. Ce ne sont pas les médecins américains qui ont écrasé ces membres qu'ils se voient contraints de couper dans l'urgence. Mais cette dénonciation injuste de la part d'une chirurgienne peut-être peu habituée à la réalité du terrain doit nous rappeler une chose : si une telle chose arrivait en France, sur une ville comme Paris, Lille, Marseille ou Bordeaux, nos infrastructures médicales seraient elles aussi largement sous-dimensionnées pour y faire face. Il suffit de voir la pagaille pour seulement nous faire vacciner...
Encore une fois, c'est une question d'argent et les élites qui gèrent notre système ne s'inquiètent pas car déjà, elle nous passe devant dans la file d'attente en acceptant de payer plus pour consulter un spécialiste de l'hôpital...public, qu'il s'agisse même d'une simple consultation pour les yeux ou une mammographie, mammographie dont la périodicité s'est allongée pour faire des économies et qui fait planer un risque supplémentaire pour nos épouses vis-à-vis du cancer du sein.
Cette triste réalité existe donc bien aussi chez nous. Faut-il vraiment s'en accommoder ?
Dernière modification le : 02/02/2010 @ 10:02
Catégorie : INFO
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