Mysouris aurait-elle peur des chats noirs ? NocturnePerpignan, ici Perpignan. Attention à la marche en descendant du train. Perpignan, centre du monde selon Dali. Perpignan, juste une ville d'études pour moi. J'habite un village à côté, je n'ai jamais vraiment aimé les grandes villes. Nous sommes le 5 janvier, la température extérieure est de 10 °C, il est 1h du matin.
Je frissonne en sortant de la gare. Il fait froid pour la région, pourtant je suis en tee shirt, comme toujours. Je respire doucement l'air frais avant de prendre mon sac en main. Je grogne, il pèse une tonne, comme toujours, enfin une bonne dizaine de kilos. Une bandoulière passée, soulager le dos en attrapant le sac par la poignée, il va me falloir boiter tout le long du trajet pour avancer. Peu importe.
Perpignan donc, c'est là le début du voyage. Les 10h de train et d'attente ? Elles ne comptent pas. Pour moi, c'est ici que tout commence. J'habite Toulouges, non non pas Toulouse, tout le monde se trompe, mais c'est bien Toulouges. On prend un g pour pousser le s à la fin, pas compliqué. Toulouges, c'est pas loin, quelques kilomètres, 5 à 7 à peine. C'est simple, c'est plat, et je connais par cœur. Mais, ces quelques kilomètres, il va me falloir les faire à pied. Oh bien sûr, j'aurai pu demander à quelqu'un de me ramener. J'aurai trouver un autre étudiant pour ça, mais je ne suis pas comme ça. Moi, je me débrouille seule !
Première chose à faire, sortir l'opinel. Voilà, bien caché dans ma poche, prêt à être ouvert en cas de besoin. Nous sommes samedi, le monde rode dehors. La peur m'imprègne dès que je quitte la lumière de la gare. Mais je sais où je vais et cela peux me sauver. La marche débute, première à droite, je tourne. Cette ruelle est sombre, et même de jour, l'endroit est malsain d'après mes amis originaires du coin. Oreilles aux aguets malgré la musique dans les écouteurs, j'avance.
Devant moi, un homme. Son bagage à roulettes couine dans le noir. Mais au moins, je suis rassurée, il y a quelqu'un d'autre. Dans l'autre sens, une ombre arrive. Mon cœur palpite trop vite. L'homme au bagage grinçant a disparu par une route perpendiculaire. Me voilà seule avec l'inconnu d'en face.
- Hey toi ! T'aurai pas du feu ? , m'interpelle-t-il.
Dénégation de la tête. Je ne m'arrête pas. Rebroussant chemin, l'homme m'accompagne et poursuit sa conversation.
- T'as un copain ? On prend un café si tu veux ? Tu veux pas t'arrêter ? Et enlève donc ton casque !
Je finis par retirer les écouteurs de la main gauche, tandis que la droite serre le manche du couteau entrouvert. Puis je réponds à ces questions qu'il relance. - Oui j'ai un copain. Non, pas le temps pour un café. - Bin ton mec, il a de la chance de t'avoir, il doit être content, me fit le type avant de reprendre sa route.
Quelques pas plus loin, je pose mon sac, et je souffle. Je suis au carrefour de la boucherie chevaline. C'est la fin de cette ruelle sombre, et je vais pouvoir poursuivre ma route. La suite est plus simple, il suffit de marcher le long de la piste cyclable jusqu'à arriver. Mais, cette étrange rencontre me perturbe et je crains d'être suivie. Sans jamais me retourner, je scrute derrière moi. Rien. Parfois, le son déformé de mes écouteurs me fait sursauter. Un bruit plus aigu, ou plus grave, inattendu dans cette musique que je connais par cœur. Je m'emballe, serre le couteau et jette un œil craintif aux alentours. Rien, jamais que rien.
Bientôt j'arrive dans le quartier des boîtes de nuit. Là, les voitures s'entassent alors qu'il n'y a pas de parking pour les y mettre. Cet enchevêtrement permet nombre de caches sombres où attendre la proie que je suis. D'autant que, ivres, les clients des boîtes en face ont fracassé les lampadaires et la rue est sombre, le trottoir lui est plongé dans le noir. Mon souffle s'accélère. Je me retourne. Personne ! J'entre dans l'ombre tout en songeant que si quelqu'un est vraiment là, peu importe le couteau, je ne pourrai rien faire.
D'ailleurs, le couteau n'est là que pour me rassurer. Je ne sais pas l'utiliser pour ce genre de situation. En boucle, me reviennent les mots d'un ami qui me disait : « Si tu sors un couteau, tu t'en sers, tu ne sais jamais sur quel gus tu vas tomber. » Pourtant, le contact froid de la lame me fait du bien et me calme. Un bruit. Je sursaute et un instant je crois que mon palpitant va cesser son travail. Mais, ce n'est que la fermeture zippée de mon sac qui tinte à chaque pas. J'en rigolerai presque si au même instant, un jeune homme n'était pas en train de traverser la rue vers moi. Je m'arrête. Poser le bagage, se reposer un peu, le temps que ce type s'éloigne. Bien sûr, il ne fait pas mine de le faire... Finalement, le jeune homme ne cherchait qu'un arbre pour une vidange de quelque alcool pris en abondance. Une fois ce geste accompli, il repart tranquillement vers la discothèque.
Je reprends ma route. Mes pas s'allègent, je chantonne ce que j'écoute. Mais la peur n'est jamais loin. Une ombre. Je me retourne. Personne. Je ris alors, soulageant toute cette angoisse d'un coup. Cette ombre qui me suit, c'est la mienne, reflétée ici par plusieurs lampadaires. Presque apaisée, je continue ma route en murmurant quelque histoire ou chanson.
Arrivée à la chocolaterie sans encombre, je m'arrête encore une fois. Mais, ici, c'est pour une raison différente des autres. Prêt des entrepôts, je hume à plein nez. Chocolat. J'ai faim. Quand repue, je ne sens plus cette délicieuse odeur, je repars. Encore un rond point à passer. Celui de l'église abandonnée que si j'avais 10 ans de moins je serais allée visiter malgré les pancartes signalant le danger. Puis, je passe devant le marchand de dalles funéraires, et là, c'est comme si je rentrais de l'école. Oui, bon, il est bien tard pour rentrer, les soirées finissent toujours plus tôt, mais c'est pareil. Il me reste à marcher le long des usines, jusqu'au village. Maintenant, je suis pleinement rassurée, il me reste 20 min de marche. Et puis, je ne risque plus rien. La marche s'accélère, malgré la fatigue. J'ai hâte d'arriver à présent. Allez, un pas, un autre, et encore un. Ma main crispée, lâche le couteau.
Enfin, j'atteins le village. Je prends le long de la piste cyclable et non par la route principale qui raccourcirait pourtant mon chemin. Pourquoi ? Vous allez comprendre. Presque arrivée, je m'arrête une dernière fois. Je m'installe sur la barrière de bois, le sac posé à mes côtés. Musique stoppée, écouteurs retirés, yeux fermés, tout est là, j'écoute le bruit du vent dans les roseaux mêlé au glougloutement du ruisseau et aux chants des oiseaux nocturnes. C'est mon jardin secret. La peur est définitivement derrière moi maintenant.
Au bout de quelques minutes, je reprends la marche pour les 10 dernières minutes. La place à traverser en longeant la Poste. Puis, il suffit de tourner près de l'église vieille de plusieurs siècles, et m'y voilà. Pas de lumière, mon colocataire dort ou n'est pas là. Ouverture de porte, gravissement des escaliers. Personne. Sa moto n'était pas en bas. Tant mieux, il ne va pas me demander comment s'est passé la route, et je n'aurai pas besoin de lui dire « Aucun souci » tout en sentant encore la transpiration de ma peur récente. Pourtant, je ne risquais rien. Cette route, je la prends si souvent de jour. Il n'y a qu'un avantage à cette peur nocturne. J'ai mis 1h soit 30 min de moins que d'habitude...
Dernière modification le : 08/02/2010 @ 20:54
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