La liberté d'expression en France a de beaux jours ... derrière elle.
Six personnes aujourd'hui vont comparaitre devant le tribunal de Pau pour "outrage à personne dépositaire de l'autorité publique "
J'ai été personnellement menacé de cette mesure par une gendarmette parce que pendant qu'elle verbalisait mon ami, pris en flagrant délit de vitesse excessive littéralement au "coin du bois", j'avais déclaré à une autre victime du zèle sécuritaire "Il fait beau. Les caisses de l'état sont vides. Ils sont de sortie". Ma faute était d'avoir été à portée des chastes oreilles de la demoiselle que je me serais d'ailleurs fait un plaisir de rencontrer dans d'autres circonstances.
Il faut dire aux excités de la lutte contre la violence routière que les gendarmes étaient discrètement postés dans un virage, dans la lisière d'un bois. La route en question était longue et droite, située en sortie d'agglomération, mais les dernières maisons étaient passées depuis longtemps, et il n'y avait que des champs sur les côtés. Le panneau de fin d'agglomération était en plein bois, juste après le virage. Facile de prendre dans ces conditions (apparente pleine campagne => limitation à 90 km/h) des gens au-delà des cinquante kilomètre heure en toute bonne foi.
Ce qui m'inquiète, c'est qu'aujourd'hui, on puisse confondre "juste" avec "légal" et que l'on puisse sanctionner avec des outils législatifs des faits plutôt limites sous prétexte qu'ils entreraient dans le champ d'application de la loi, et ce même si l'esprit de la loi est détourné de sa finalité. Le bon sens du fonctionnaire n'est même pas sollicité, et la sanction, automatique, condamne indifféremment le vrai coupable et le citoyen abusivement inquiété, sans réelle possibilité de discussion ou de recours quand on constate l'ampleur des tracasseries pour défendre son point de vue mises en place par le système législatif.
Dans le cas qui nous intéresse aujourd'hui, la gendarmerie et la justice, aux missions habituellement nobles, me semblent détournées dans l'intérêt, non pas d'un individu, car nous savons tous Monsieur le Préfet bien au dessus du jet de salive d'un simple quidam, voire de six, mais d'un système totalitaire qui ne dit pas son nom, bardé de valeurs morales et de légalité contestable, puisque obtenue au forceps par les votes majoritaires d'un parti unique.
Les lois sur la diffamation, les modifications du code civil à propos des "insultes" entrainent des dérives du "politiquement correct" qui baillonnent la moindre des velléités d'opposition par le langage.
Alors que des propos manifestement racistes de nos hommes politiques ne font que susciter une indignation mesurée et des jugements cléments en regard de leur fonction, des citoyens sont eux soumis à des tracas disproportionnés avant même le jugement (convocation à la gendarmerie, frais d'avocats...) sur une plainte que le moindre procureur doit, dans l'exercice normal de la justice classer sans suite.
Si un monsieur a parlé de Gestapo, de sinistre mémoire, et doive s'en expliquer à la barre, soit. Il est cependant malheureux qu'il doive faire la preuve de sa bonne foi, alors que normalement, c'est à la justice à prouver la faute (c'est le principe du présumé innocent qui est atteint, et cette atteinte n'existe actuellement dans le droit français que dans deux cas : la diffamation et... le délit routier. Ce n'est pas par hasard que j'ai parlé de ma petite expérience).
Mais une autre prévenue doit répondre de l'usage du mot "rafle" : Le Parisien
Il est déplorable qu'un mot soit ainsi détourné de son sens initial pour servir à la condamnation d'une personne. Le mot rafle désigne "opération policière menée à l’improviste dans un endroit suspect".
Même si cette femme est en fin de compte acquittée et relaxée, elle devra alors entamer une procédure, encore longue et hasardeuse, pour récupérer ses frais d'avocats et être dédommagée de l'injure qu'il lui a été faite d'avoir été traitée comme une "délictueuse". La procédure est d'autant plus pénible que le préfet n'est pas seul en cause. En effet, le procureur aurait dû, selon moi, classer son cas. On peut donc s'interroger pour savoir pourquoi cela n'a pas été fait.
Pour moi, il ne faut pas confondre ce combat du droit d'expression, avec la cause, louable mais contestée, de s'opposer à l'expulsion des sans papiers. Cet amalgame pourrait en effet discréditer cette personne, alors que le droit d'expression, par lettre à nos élus ou sur internet, est aujourd'hui menacé.
Demain, par crainte de représailles diverses, les citoyens, les blogueurs dont on a voulu remettre récemment l'anonymat en cause (anonymat apparent qui ne les protège pas d'une action contre eux) seront tentés de se taire.
Il ne restera alors que la parole d'état, les propos d'un BHL, les analyses de pseudos experts et les provocations mesurées des peoples pour asséner des vérités contestables mais non contestées dans les "mass médias".
Sauf peut-être si, plus que le buzz, les citoyens internautes se mobilisent vraiment.
Je vous invite donc à participer à mon "grand foutoir géant" du 20 juin prochain (ouvertement anti-hadopi, anti-loppsi, pour la protection des droits numériques, pour la liberté d'expression et pour une société plus juste...).
C'est sur tous les fronts qu'on peut défendre nos droits et nos libertés, et chaque petit geste peut compter ;o)
Dernière modification le : 10/06/2010 @ 09:53
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